Cet article réexamine la « malédiction des ressources naturelles » (MRN) dans le cas des matériaux critiques (MC), un intrant stratégique pour la transition énergétique. En utilisant les données de production de l’USGS pour la période 1970–2019, nous distinguons entre dépendance (production de MC en proportion du PIB) et abondance (production de MC par habitant). Nous soutenons que la dépendance est endogène et constitue un indicateur trompeur de la dotation en ressources. Notre analyse en coupe transversale avec pondération des modèles montre qu’il n’existe pas d’effet robuste des MC sur la croissance, tandis que la dépendance aux exportations primaires n’a qu’un effet négatif fragile et sensible à la dimension temporelle. Les estimations en panel portant sur 44 pays, réalisées à l’aide d’estimateurs statiques et dynamiques avancés, aboutissent à la même conclusion : des résultats incohérents et peu robustes, l’effet négatif apparent de la dépendance aux MC étant en grande partie lié à l’endogénéité. Dans l’ensemble, nos résultats rejettent l’idée d’une malédiction universelle des MC. Ils mettent plutôt en évidence le rôle décisif des choix de mesure et de l’endogénéité dans le débat sur la MRN. Bien que des politiques publiques appropriées pour encourager la diversification de l'économie et une meilleure captation de la valeur ajoutée le long de la chaîne de valeur soient nécessaires et importantes, nos résultats soulignent que les facteurs traditionnels de la croissance de long terme - comme l'accumulation de capital humain et d'infrastructures ainsi que la qualité et stabilité institutionnelles - devraient rester centraux.
Mot(s) clé(s)
malédiction des ressources naturelles; matériaux critiques; abondance de ressources naturelles; dépendance aux ressources naturelles